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L’artiste
arméno-argentine Par
Christel Heybrock (Copyright)
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La variabilité des significations entre proximité et distance, individu et société, passé et présent, défie encore et encore la personne qui se trouve face au travail de Silvina Der-Merguerdichian et inspire une fascination inexhaustible. Dans ses œuvres, l’artiste explore une partie de l’histoire de sa propre famille, le traumatisme de ses grands-parents qui durent fuir les massacres perpétrés par les Turcs sur la minorité Arménienne en 1914-1915 et qui émigrèrent, via Paris, en Argentine. Silvina
Der-Merguerdichian travaille sur le traumatisme du génocide en
le nommant. Réussir à définir enfin les événements
passés, lui permet de jeter un pont sur le gouffre incommensurable
qui sépare les victimes et les bourreaux. Elles associe des outils
authentiques : empreintes digitales, structures ADN, cartes routières
à des formes graphiques traditionnelles comme les alignements et
la répétition d’éléments individuels
qui contrastent. Par exemple, elle dispose les papiers d’identité
de ses grands-parents, survivants du génocide, en un grand collage
suspendu, une sorte de mosaïne image-mot. Chaque élément
est relié à l’autre par tissage, les jonctions finement
crochetées, ce qui crée un motif de « véritable
» tapis oriental, encadré dans la partie inférieure
et supérieure par un liseré pourpre. Les Européens
qui chaque jour marchent avec insouciance sur les tapis de leur salon
sont confrontés à un événement politique que
l’on a dissimulé lors de la première guerre mondiale.
Au
vu des représentations d’événements politiques
concrets, on ne peut s’empêcher d’explorer son propre
destin. Au-delà des horreurs, encastrées tels des trésors
philosophiques dans la matière de l’art, c’est une
autre déclaration que l’on nous fait, savoir que nous sommes
tous reliés les uns aux autres par les fils délicats de
la vie et que le présent, en perpétuelle émergence,
est composé d’un réseau dense de relations. Ce n’est
pas par hasard si sur un document d’identité, magnifié
par Silvina Der-Merguerdichian, les filaments anti-falsification nous
rappellent le tissage qu’elle crée. Quoi qu’il se passe,
on le comprend dans son travail – nous sommes les artisans des événements
qui nous touchent.
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